Le système de santé canadien dépend plus que jamais des infirmiers et infirmières formés à l’étranger, mais une nouvelle étude conjointe d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et de Statistique Canada montre que les intentions au moment de l’immigration ne correspondent pas toujours aux résultats en matière d’emploi. À l’aide des données du Fichier des résidents permanents et non permanents intégré et couplé au Recensement de 2021, l’étude a suivi les demandeurs principaux de la catégorie économique admis entre 2010 et 2020, âgés de 18 à 54 ans, qui avaient déclaré leur intention de travailler comme personnel infirmier. Elle a révélé qu’environ 63 % travaillaient effectivement dans le domaine des soins infirmiers en 2021, tandis qu’environ un quart occupaient des emplois moins qualifiés ou ne travaillaient pas du tout, et que l’expérience de travail canadienne avant de devenir résident permanent était un facteur décisif dans l’atteinte de leur objectif.
Parallèlement, l’étude a examiné toutes les personnes qui travaillaient comme infirmiers ou infirmières en 2021 et a constaté que seulement 35 % avaient initialement déclaré les soins infirmiers comme profession envisagée, tandis que 65 % sont devenus infirmiers ou infirmières plus tard, après leur immigration. Cela souligne le dynamisme des parcours professionnels des immigrants, en particulier dans un secteur confronté à des pénuries critiques.
Pénuries de personnel infirmier et intentions des immigrants
Le contexte est celui d’un manque de personnel persistant. Dans les établissements de soins infirmiers et de soins pour bénéficiaires internes, le taux de postes vacants s’élevait à 7,7 % au troisième trimestre de 2022 et s’est amélioré pour atteindre 4,6 % au troisième trimestre de 2024. Au cours de la même période, le taux de postes vacants pour l’ensemble des secteurs a chuté de 5,6 % à 3,2 %. Avec une population vieillissante et l’épuisement professionnel post-pandémique, ces chiffres expliquent pourquoi le Plan des niveaux d’immigration 2025-2027 du gouvernement fédéral accorde la priorité à l’immigration économique pour pourvoir des postes essentiels dans le secteur de la santé.
Pour la première question de recherche, l’étude s’est concentrée sur 12 651 demandeurs principaux de la catégorie économique qui, lors de leur admission entre 2010 et 2020, avaient déclaré une profession envisagée dans le domaine des soins infirmiers. Ce groupe comprenait des coordonnateurs et superviseurs des soins infirmiers, des infirmiers et infirmières autorisé(e)s et psychiatriques autorisé(e)s, ainsi que des infirmiers et infirmières auxiliaires autorisé(e)s.
Leurs emplois éventuels en 2021 ont été regroupés en six catégories : maintien dans les soins infirmiers, autre profession de la santé qualifiée, profession de la santé moins qualifiée, profession qualifiée hors santé, profession moins qualifiée hors santé, et sans emploi en 2020 et 2021. Dans l’ensemble, 63,4 % sont restés dans des professions infirmières, 1,9 % ont accédé à d’autres postes qualifiés dans la santé, 13,4 % occupaient des emplois moins qualifiés dans la santé, 9,7 % étaient dans des professions qualifiées hors santé, 7,8 % occupaient des emplois moins qualifiés hors santé, et 3,9 % n’ont pas travaillé en 2020 ou 2021.
Les différentes intentions en matière de soins infirmiers ont mené à des résultats différents. Parmi ceux qui avaient l’intention de travailler comme infirmiers ou infirmières auxiliaires autorisé(e)s, 74,0 % occupaient des postes en soins infirmiers en 2021, contre 61,0 % de ceux qui avaient l’intention de devenir infirmiers ou infirmières autorisé(e)s et psychiatriques autorisé(e)s, et 54,6 % de ceux qui visaient à être coordonnateurs ou superviseurs des soins infirmiers. Le champ d’exercice plus restreint et le parcours de formation plus court associés aux soins infirmiers auxiliaires semblent rendre l’adéquation plus réalisable, bien que l’étude note qu’une fois les facteurs sociodémographiques contrôlés, ces différences ne sont plus statistiquement significatives.
Du point de vue du consultant, cela confirme ce que les praticiens observent souvent : plus le rôle est complexe et réglementé, plus il est vulnérable aux retards d’autorisation, aux exigences de programmes de transition et aux inadéquations entre les qualifications étrangères et les normes canadiennes.
Pourquoi l’expérience de travail et d’études au Canada est si déterminante
L’une des conclusions les plus claires est l’impact de l’expérience de travail canadienne avant la résidence permanente. Parmi les infirmiers et infirmières potentiels ayant une telle expérience, 80,9 % travaillaient effectivement dans les soins infirmiers en 2021, contre 53,3 % pour ceux qui n’en avaient pas. En chiffres absolus, 4 596 des 12 651 avaient une expérience de travail canadienne avant l’admission, tandis que 8 055 n’en avaient pas. L’écart d’adéquation d’environ 28 points de pourcentage non seulement a persisté après ajustement pour l’âge, le sexe, l’éducation, la langue et d’autres facteurs, mais il s’est même creusé dans l’analyse multivariée.
L’expérience d’études au Canada a également aidé. Les immigrants ayant une expérience d’études canadienne antérieure avaient un taux d’adéquation de 84,3 %, contre 59,2 % pour ceux qui n’avaient jamais étudié au Canada. Ici, 2 087 avaient une expérience d’études canadienne et 10 564 n’en avaient pas. La différence brute est d’environ 25 points de pourcentage, mais l’étude montre que moins d’un tiers de cet avantage subsistait après ajustement des caractéristiques, en grande partie parce que beaucoup de ceux qui avaient étudié au Canada y avaient également travaillé auparavant. En pratique, les parcours d’études et de travail sont étroitement liés.
La catégorie d’immigration a également joué un rôle, mais surtout en raison de son lien avec l’expérience canadienne. Parmi les candidats aux soins infirmiers :
- Les demandeurs du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) avaient un taux d’adéquation de 61,2 %. Le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) est une voie d’immigration économique pour les travailleurs possédant une expérience de travail qualifiée à l’étranger. Il cible les candidats qui peuvent s’établir économiquement au Canada en fonction de leur âge, de leur éducation, de leur expérience de travail et de leurs compétences linguistiques.
- Les demandeurs du Programme des candidats des provinces avaient une adéquation de 63,8 %. Le Programme des candidats des provinces permet aux provinces et territoires canadiens de nommer des individus souhaitant immigrer au Canada et s’établir dans une province particulière. Il est conçu pour les travailleurs qui ont les compétences, l’éducation et l’expérience de travail nécessaires pour contribuer à l’économie d’une province ou d’un territoire spécifique.
- Les demandeurs de la Catégorie de l’expérience canadienne avaient une adéquation de 86,8 %. La catégorie de l’expérience canadienne est destinée aux travailleurs qualifiés qui ont une expérience de travail récente au Canada et souhaitent devenir résidents permanents. Ce programme s’adresse principalement aux diplômés internationaux et aux travailleurs étrangers temporaires déjà intégrés au marché du travail canadien.
- Les demandeurs des autres catégories économiques avaient une adéquation de 37,5 %.
À première vue, l’écart entre la Catégorie de l’expérience canadienne et le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) est de 26 points de pourcentage, mais une fois que l’expérience de travail canadienne et d’autres covariables sont prises en compte, la différence se réduit à environ 4 points de pourcentage et n’est plus statistiquement significative. En d’autres termes, ce qui fait vraiment la différence, c’est l’expérience de travail canadienne antérieure, et non simplement l’étiquette du volet d’immigration.
Pour les infirmiers et infirmières envisageant les voies d’immigration économique, l’étude met indirectement en évidence certains éléments d’admissibilité communs à planifier :
- Expérience de travail qualifiée démontrable dans une profession de la santé reconnue
- Formation postsecondaire en soins infirmiers de niveau collégial ou supérieur, correspondant aux exigences réglementaires
- Compétence prouvée en anglais ou en français par le biais de tests linguistiques approuvés
- Fonds d’établissement suffisants ou emploi admissible, selon le programme
- Respect des critères d’admissibilité médicaux, criminels et de sécurité
Du point de vue de la pratique de l’immigration, les candidats de la catégorie économique qui peuvent combiner travail et études au Canada avec l’un de ces programmes sont beaucoup plus susceptibles de finir par travailler dans les soins infirmiers plutôt que de dériver vers des rôles moins qualifiés.
Qui devient réellement infirmier ou infirmière immigrante au Canada
Parmi les immigrants admis entre 2010 et 2020 qui travaillaient comme personnel infirmier en 2021, seulement environ un tiers avaient effectivement indiqué les soins infirmiers comme profession envisagée à l’admission (35 %), tandis qu’environ deux tiers se sont tournés vers les soins infirmiers après être devenus résidents permanents (65 %). En termes simples, la plupart des infirmiers et infirmières immigrants en 2021 ne sont pas venus au Canada avec les soins infirmiers comme objectif de carrière déclaré.
Ceux qui avaient l’intention de travailler comme personnel infirmier étaient principalement des demandeurs principaux de la catégorie économique (95,2 %, la fourchette haute évidente), tandis que parmi ceux qui n’avaient pas prévu de travailler dans les soins infirmiers, seulement 34,9 % étaient des demandeurs principaux de la catégorie économique (la fourchette basse). Le reste de ce deuxième groupe était plus souvent composé de conjoints et de personnes à charge de la catégorie économique, d’immigrants de la catégorie du regroupement familial ou de réfugiés. Cela montre une nette division : les infirmiers et infirmières planifiés sont généralement les principaux demandeurs économiques, tandis que ceux qui entrent plus tard dans la profession arrivent plus souvent par des voies familiales ou d’accompagnement.
L’âge à l’admission sépare également les deux groupes. Le personnel infirmier qui n’avait pas l’intention de travailler dans ce domaine était généralement plus jeune. Dans ce groupe, 19,0 % avaient entre 18 et 24 ans (environ 19 %, la fourchette haute pour cette tranche d’âge), contre seulement 3,0 % dans le groupe des infirmiers et infirmières potentiels (environ 3 %, la fourchette la plus basse). Cela correspond à l’idée que les nouveaux arrivants plus jeunes sont plus susceptibles de se recycler au Canada et de choisir ensuite les soins infirmiers.
Les niveaux d’éducation sont élevés dans les deux groupes, la majorité détenant au moins un baccalauréat. Parmi ceux qui envisageaient les soins infirmiers, environ 64 % avaient un baccalauréat (leur principal niveau d’études), tandis qu’un peu plus de la moitié de ceux qui se sont tournés vers les soins infirmiers plus tard en avaient un (55,1 %). Une différence clé réside dans le lieu d’obtention du diplôme le plus élevé : 17,3 % des infirmiers et infirmières potentiels ont obtenu leur plus haute qualification au Canada, contre 32,6 % parmi ceux qui se sont orientés vers la profession après leur arrivée (environ 33 %, la fourchette haute). Cela souligne à quel point l’éducation canadienne est une passerelle majeure vers les soins infirmiers pour de nombreux nouveaux arrivants qui n’ont pas commencé dans ce domaine.
Les profils linguistiques sont globalement similaires, une grande majorité dans les deux groupes déclarant l’anglais comme seule langue officielle à l’admission (94,5 % parmi les infirmiers et infirmières potentiels et 87,2 % parmi ceux entrés plus tard dans la profession). Cependant, la part des personnes ne parlant ni l’anglais ni le français est environ double parmi ceux qui n’avaient pas prévu de travailler dans les soins infirmiers, ce qui peut ajouter des étapes supplémentaires pour l’obtention du permis d’exercer et l’intégration.
L’expérience de travail et d’études au Canada avant l’admission apparaît à des niveaux similaires dans les deux groupes, avec un peu moins de la moitié ayant travaillé au Canada avant l’établissement et environ un cinquième y ayant étudié. La vraie différence apparaît après l’immigration dans la qualité de l’emploi. Environ 80,6 % du personnel infirmier qui avait planifié cette carrière travaillait à temps plein (environ 81 %, la fourchette haute), contre 68,8 % parmi ceux qui n’avaient pas initialement visé les soins infirmiers (environ 69 %, la fourchette basse entre les deux groupes). Leurs gains hebdomadaires moyens étaient également plus élevés, à 2 418 dollars contre 1 740 dollars.
Du point de vue du consultant en immigration, ce schéma suggère que ceux qui planifient une carrière en soins infirmiers dès le début, obtiennent le statut de demandeur principal de la catégorie économique et organisent tôt leurs démarches d’autorisation d’exercer sont plus susceptibles d’obtenir des postes à temps plein et mieux rémunérés. En même temps, il existe un fort potentiel parmi les conjoints, les personnes à charge, les immigrants de la catégorie du regroupement familial et les réfugiés qui se tournent plus tard vers les soins infirmiers, à condition qu’ils reçoivent un soutien plus structuré en matière d’éducation canadienne, de langue et d’autorisation d’exercer afin qu’ils puissent atteindre des niveaux de stabilité et de revenus similaires à ceux qui sont arrivés avec un plan clair pour les soins infirmiers.
Citation
"Étude : 35 % du personnel infirmier immigrant n’avait pas prévu cette carrière." RED Immigration Consulting. Published août 27, 2025. https://redim.ca/fr/etude-35-pourcent-du-personnel-infirmier-immigrant-n-avait-pas-prevu-cette-carriere/
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