Des modifications au Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR, DORS/2002-227) du Canada sont entrées en vigueur le 3 novembre 2026, transformant en profondeur les modalités de présentation, d’examen et de défèrement des demandes d’asile en vue d’une audience. Introduites par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) en vertu de la Loi visant à renforcer le système d’immigration et les frontières du Canada (projet de loi C-12), ces réformes instaurent une procédure de réception unique en ligne, fixent un délai de 60 jours pour la soumission des documents, imposent des délais de contrôle de sécurité préalable au défèrement et pérennisent l’accès au permis de travail ouvert pour les demandeurs admissibles.
Pendant des années, les demandes faites à l’intérieur du Canada et aux points d’entrée suivaient des processus distincts, et les dossiers étaient régulièrement déférés à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) avant même que le contrôle des antécédents ou la documentation du demandeur ne soient finalisés. Cet enchaînement entraînait des ajournements d’audiences et laissait des dizaines de milliers de dossiers inactifs en attente devant le tribunal administratif. En vertu des règles modernisées, IRCC et l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) vérifient au préalable la recevabilité et la conformité intégrale des dossiers afin que seules les demandes prêtes pour une audience parviennent à la Section de la protection des réfugiés (SPR) de la CISR.
Sommaire des modifications réglementaires du 3 novembre 2026
| Domaine de la réforme | Cadre antérieur | Règle en vigueur le 3 novembre 2026 |
|---|---|---|
| Réception en ligne et délai de dépôt | Procédures distinctes pour l’intérieur du pays et les points d’entrée, assorties de délais documentaires hétérogènes après la réception. | Processus unique via le Portail d’IRCC ; les demandeurs à l’intérieur du pays manifestent leur intention en ligne avant un rendez-vous en personne avec un agent. Les demandeurs admissibles disposent de 60 jours pour déposer un dossier complet (avec une prolongation possible de 30 jours sur demande). |
| Contrôles de sécurité et d’intégrité | Les demandes étaient fréquemment déférées à la CISR avant l’achèvement des vérifications relatives à la sécurité, à la criminalité et à l’intégrité. | Délai réglementaire imposé à IRCC, à l’ASFC et aux partenaires de sécurité pour finaliser les examens préalables avant le défèrement à la CISR, assurant que seules les demandes prêtes pour audition avancent. |
| Demandes retirées et abandonnées | Précisions réglementaires limitées concernant les retraits ministériels, les rétablissements et les dossiers inactifs non déférés. | Un avis écrit au ministre formalise le retrait d’une demande non déférée ; instauration de critères clairs de rétablissement et définition de la marche à suivre lorsque la CISR conclut qu’une demande n’a pas été abandonnée. |
| Demandeurs vulnérables | Les règles entourant le représentant désigné étaient bien définies à la CISR, mais moins précises lors des étapes menées par IRCC et l’ASFC. | Codification des situations obligeant IRCC ou l’ASFC à nommer un représentant désigné pour les mineurs de moins de 18 ans et les personnes inaptes à comprendre la procédure, de leurs devoirs et des conditions de fin de mandat. |
| Entente sur les tiers pays sûrs (ETPS) | Délai de 14 jours du Protocole additionnel et règles relatives aux membres de la famille ayant une demande en suspens rattachés aux étapes de réception traditionnelles. | Maintien des règles frontalières tout en précisant que le délai de 14 jours commence dès la soumission dans le portail en ligne, et que les demandes fondées sur le critère familial exigent seulement d’être jugées recevables pour défèrement à la CISR. |
| Permis de travail pour demandeurs d’asile | Recours à des ajustements de politiques d’intérêt public temporaires pour délivrer des permis de travail avant le défèrement officiel à la CISR. | Autorisation permanente de délivrance d’un permis de travail ouvert (article 206 du RIPR) dès qu’un demandeur admissible présente une demande complète. |
| Exceptions aux interdictions de recevabilité | Le projet de loi C-12 interdisait le défèrement à la CISR pour les demandes présentées plus d’un an après la première entrée ou 14 jours ou plus après une entrée irrégulière en provenance des États-Unis. | Exempte les mineurs non accompagnés des nouvelles interdictions et dispense les personnes qui enregistrent leur intention dans le Portail d’IRCC au cours de leur première année au Canada. |
Fonctionnement concret des sept changements apportés au système d’asile
1. Processus de demande unique en ligne et délai de 60 jours pour le dépôt des documents
IRCC a regroupé la réception des demandes d’asile au sein d’une procédure unifiée en ligne par l’intermédiaire du Portail d’IRCC, tant pour les bureaux situés à l’intérieur du pays que pour les points d’entrée. Les personnes sollicitant la protection depuis le territoire canadien débutent en répondant aux questions préliminaires du Portail d’IRCC pour manifester formellement leur intention de déposer une demande. IRCC planifie ensuite un rendez-vous en personne avec un agent, au cours duquel l’intéressé présente officiellement sa demande, fournit ses données biométriques et passe l’examen initial.
Dès qu’un agent détermine qu’une demande (qu’elle soit initiée à l’intérieur du pays ou à un point d’entrée) est recevable pour défèrement à la CISR, le demandeur dispose de 60 jours civils pour soumettre au ministre son dossier de demande complet ainsi que les pièces justificatives requises. Les personnes ayant besoin d’un délai supplémentaire pour recueillir des documents d’identité ou obtenir une assistance juridique peuvent solliciter une prolongation unique de 30 jours. Le règlement conserve en outre une marge d’équité procédurale en cas de pannes techniques ou de circonstances exceptionnelles empêchant le dépôt dans les délais. La constitution du dossier complet à cette étape accorde au ministre le temps d’examiner les documents avant que l’affaire ne soit inscrite au rôle d’audience de la CISR.
2. Échéances préalables au défèrement pour les contrôles gouvernementaux de sécurité et de recevabilité
Avant qu’une demande d’asile ne soit entendue sur le fond, les partenaires fédéraux de sécurité procèdent à la vérification des antécédents portant sur la sécurité nationale, la grande criminalité, la recevabilité et l’intégrité du programme. Conformément au règlement modifié, le gouvernement a instauré une limite réglementaire formelle (inscrite dans un cadre opérationnel de 365 jours) pour mener à bien ces vérifications initiales avant de déférer la demande à la CISR.
Retenir le défèrement jusqu’à la conclusion des contrôles de sécurité et de recevabilité évite que des dossiers incomplets n’occupent des plages d’audience à la SPR. Parallèlement, l’abrogation de l’ancienne pratique où les agents fixaient des dates d’audience rigides permet à la CISR de planifier les séances uniquement lorsque l’examen gouvernemental et le dossier initial du demandeur sont prêts.
3. Règles clarifiées pour les demandes retirées et les dossiers non abandonnés
Le règlement établit une distinction plus nette entre les demandes actives et les dossiers qui ne sont plus poursuivis. Avant le défèrement à la CISR, une demande est formellement retirée lorsque le demandeur en informe le ministre par écrit. Si le ministre constate le retrait d’une demande, les nouvelles dispositions précisent les conditions exactes de son rétablissement éventuel, exigeant une requête diligente et des motifs écrits justifiant tout retard.
De même, bien qu’une demande puisse être déclarée abandonnée lorsqu’un demandeur omet de respecter des étapes obligatoires ou des échéances, le règlement clarifie la marche exacte à suivre pour faire progresser un dossier lorsque la CISR conclut que la demande n’a pas été abandonnée. Les dossiers inactifs sont ainsi écartés en amont au lieu d’alimenter l’arriéré du tribunal.
4. Renforcement des protections procédurales pour les demandeurs vulnérables
Les mineurs non accompagnés, les jeunes de moins de 18 ans et les adultes incapables de saisir pleinement la portée des procédures d’asile requièrent des garanties procédurales adaptées dès la première étape de réception. Le règlement modifié codifie les obligations de nomination d’un représentant désigné durant les étapes relevant d’IRCC et de l’ASFC, fixe les critères de compétence et les responsabilités déontologiques des mandataires, et précise les conditions marquant la fin de leur désignation.
5. Préservation du statu quo lié à l’Entente sur les tiers pays sûrs
En vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs (ETPS) entre le Canada et les États-Unis et de son Protocole additionnel de mars 2023, la majorité des ressortissants étrangers arrivant au Canada en provenance des États-Unis à un point d’entrée terrestre officiel, ou traversant entre les points d’entrée et demandant l’asile dans les 14 jours, sont inadmissibles à présenter une demande d’asile au Canada, à moins de satisfaire à une exception légale (telle que la présence d’un membre de la famille admissible au Canada).
Les modifications du 3 novembre 2026 ne modifient pas les critères de fond de l’ETPS, mais mettent à jour deux mécanismes techniques pour éviter que la modernisation du portail ne pénalise les demandeurs :
- Calcul des 14 jours du Protocole additionnel : Pour les personnes qui traversent de manière irrégulière entre les points d’entrée terrestres, la période de 14 jours est désormais calculée jusqu’à la date à laquelle la personne soumet sa demande en ligne dans le Portail d’IRCC en manifestant son intention de demander l’asile, plutôt que d’attendre la date de son rendez-vous en personne.
- Exception relative à un membre de la famille au Canada : Lorsqu’un demandeur arrivant se prévaut de la présence au Canada d’un membre de sa famille ayant une demande d’asile en suspens, il suffit désormais que la demande de ce parent ait été jugée recevable pour défèrement à la CISR, sans devoir être déjà déférée, empêchant ainsi que les délais des contrôles gouvernementaux préalables ne pénalisent les membres de la famille arrivants.
6. Accès permanent au permis de travail ouvert
L’accès à un emploi légal permet aux demandeurs d’asile de subvenir à leurs besoins sans dépendre de l’aide sociale provinciale dans l’attente d’une décision. Le nouveau règlement pérennise la politique d’IRCC en vertu de l’article 206 du RIPR, autorisant les personnes dont la demande est recevable à obtenir un permis de travail ouvert dès la présentation d’une demande complète (accompagnée des données biométriques requises et de l’examen médical aux fins de l’immigration), sans devoir attendre le défèrement formel à la CISR. La rapidité de traitement demeure directement liée à la diligence du demandeur à déposer un dossier complet.
7. Exceptions ciblées aux règles d’irrecevabilité du projet de loi C-12
Lors de la sanction royale du projet de loi C-12 le 26 mars 2026, deux interdictions légales majeures de défèrement ont été insérées à l’article 101 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) : les demandes présentées plus d’un an après la première entrée de l’individu au Canada (pour les arrivées postérieures au 24 juin 2020), et celles faites 14 jours ou plus après un passage frontalier irrégulier depuis les États-Unis. Les personnes visées par ces interdictions ne peuvent être déférées à la CISR, bien qu’elles puissent toujours solliciter un examen des risques avant renvoi (ERAR) sur dossier avant toute mesure d’expulsion.
Pour prévenir des situations inéquitables dans le cadre de ces règles, le règlement du 3 novembre 2026 introduit deux exceptions essentielles :
- Mineurs non accompagnés : Les jeunes de moins de 18 ans se trouvant au Canada sans parent ou tuteur légal sont exemptés des nouvelles interdictions du projet de loi C-12 et demeurent pleinement admissibles à un défèrement devant la CISR.
- Inscription au portail durant la première année : Les personnes qui s’inscrivent sur le Portail d’IRCC et soumettent les renseignements initiaux requis signalant leur intention de demander l’asile dans un délai d’un an suivant leur première arrivée au Canada sont exemptées de l’interdiction d’un an, même si IRCC fixe leur rendez-vous officiel en personne avec un agent après la date anniversaire de leur première année.
Qu’est-ce que l’asile au Canada et que doivent prouver les demandeurs ?
En droit canadien, présenter une demande d’asile (officiellement appelée demande d’asile en vertu de la partie 2 de la LIPR) signifie demander au Canada de ne pas vous renvoyer vers votre pays de nationalité ou de résidence habituelle, parce que ce renvoi vous exposerait à la persécution, à la torture ou à une menace grave pour votre vie ou votre sécurité. Contrairement à la réinstallation des réfugiés depuis l’étranger (où les réfugiés situés hors du Canada sont orientés par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés ou des répondants privés avant leur départ), les demandes d’asile sont formulées uniquement par des personnes déjà physiquement présentes au Canada ou arrivant à un point d’entrée canadien.
L’asile constitue un mécanisme de protection juridique et non une voie générale d’immigration humanitaire ou économique. Chaque demandeur dont le dossier est déféré assume le fardeau légal de prouver, selon la prépondérance des probabilités (c’est-à-dire qu’il est plus probable que le fait soit vrai que faux), qu’il correspond à au moins l’une des deux définitions légales évaluées par la Section de la protection des réfugiés de la CISR, en s’appuyant sur des pièces d’identité crédibles, un récit cohérent du Fondement de la demande d’asile (FDA) et des preuves objectives sur la situation du pays d’origine attestant de l’absence de protection de l’État et de l’inexistence d’une possibilité de refuge intérieur sûr.
Les deux motifs légaux de protection
- Réfugié au sens de la Convention (article 96 de la LIPR) : Le demandeur doit démontrer une crainte fondée de persécution dans son pays de nationalité (ou de résidence habituelle s’il est apatride) liée à au moins l’un des cinq motifs de la Convention : la race, la religion, la nationalité, les opinions politiques ou l’appartenance à un groupe social particulier. Selon la jurisprudence canadienne, l’appartenance à un groupe social particulier englobe des caractéristiques innées ou immuables, notamment les persécutions fondées sur le genre, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et les violences domestiques ou familiales graves lorsque les autorités locales font défaut.
- Personne à protéger (paragraphe 97(1) de la LIPR) : Même en l’absence de lien avec l’un des cinq motifs de la Convention, une personne est reconnue si son renvoi vers son pays d’origine l’exposerait personnellement soit à un risque de torture, soit à une menace pour sa vie ou au risque de traitements ou peines cruels et inusités. Pour les demandes ne relevant pas de la torture en vertu de l’alinéa 97(1)b), quatre conditions strictes s’appliquent : la protection de l’État doit être inaccessible ; le risque doit viser le demandeur dans toutes les régions du pays ; le risque ne doit pas être couru de manière générale par d’autres personnes dans ou originaires de ce pays ; et le risque ne peut résulter de sanctions légitimes conformes aux normes internationales ni de l’inadéquation des soins de santé locaux.
Ce qui n’est pas admissible : Les difficultés économiques, un taux de chômage élevé, l’expiration des droits de scolarité ou du statut d’un permis d’études ou de travail, la recherche de meilleurs soins de santé et la criminalité généralisée, les gangs de rue ou les extorsions touchant l’ensemble de la population d’un pays ne satisfont pas aux exigences des articles 96 ou 97(1). Les demandeurs sont également exclus ou frappés d’interdiction de défèrement à la CISR s’ils ont commis des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou des crimes graves de droit commun hors du Canada (article 98 de la LIPR), s’ils représentent un risque pour la sécurité ou de grande criminalité, s’ils ont déjà formulé une demande d’asile au Canada ou s’ils ont déjà déposé une demande confirmée par le partage de données biométriques avec les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande (article 101 de la LIPR).
Tendances récentes de l’asile au Canada (2021 à 2026)
La refonte réglementaire de novembre 2026 intervient dans un contexte de transition structurelle marquée des volumes de demandes d’asile. Après avoir été multipliées par plus de sept entre 2020 et 2024, les nouvelles demandes d’asile ont nettement diminué tout au long de 2025 et durant les huit premiers mois de 2026, tandis que la CISR poursuit le traitement d’un volume historique de dossiers en instance.
Baisse de 52 % des réceptions mensuelles d’asile en 2026 après le resserrement des règles de visa et frontalières
Selon les données opérationnelles officielles d’IRCC arrêtées au 31 août 2026, les demandes annuelles d’asile sont passées d’environ 24 000 en 2020 et 25 000 en 2021 à plus de 92 000 en 2022, 144 000 en 2023, avant d’atteindre un record historique supérieur à 173 000 demandeurs en 2024. Le volume a ensuite reculé de 34 % en 2025 pour s’établir à 114 520 demandeurs, dont 68 % de dossiers déposés à l’intérieur du pays, 17 % aux points d’entrée terrestres officiels, 10 % dans les aéroports et 5 % après des passages frontaliers irréguliers.
Cette contraction s’est accentuée en 2026. Entre janvier et août 2026, IRCC et l’ASFC ont recensé 37 775 demandeurs d’asile au total, soit une diminution de 52 % par rapport aux 79 020 enregistrés de janvier à août 2025, et de 68 % par rapport aux 118 805 des huit mêmes mois de 2024. Le volume mensuel moyen se situait autour de 6 165 demandes au premier trimestre 2026 (6 450 en janvier, 5 900 en février et 6 150 en mars), avant de chuter dès l’entrée en vigueur, le 26 mars 2026, des interdictions de défèrement d’un an et de 14 jours issues du projet de loi C-12, glissant à 3 825 en avril, 3 600 en mai et atteignant un creux pluriannuel de 3 290 en juin, avant de remonter légèrement à 3 985 en juillet et 4 575 en août.
Trois facteurs opérationnels expliquent le repli observé entre 2024 et 2026 :
- Contraction aux points d’entrée et dans les aéroports : L’ensemble des demandes aux points d’entrée de janvier à août a reculé de 78 % en deux ans, passant de 44 000 en 2024 à 25 045 en 2025 puis à 9 640 en 2026. Les demandes présentées en milieu aéroportuaire ont à elles seules chuté de 86 % sur cette période (de 33 445 à 4 735), sous l’effet des exigences de visa imposées au Mexique en février 2024 (réduisant de 97 % les demandes de ressortissants mexicains dans les aéroports) et d’un filtrage préembarquement accru.
- Baisse des demandes issues de visas de résident temporaire (VRT) : Les demandes mensuelles soumises par des détenteurs de VRT ont diminué de 73 %, reculant de 7 405 en août 2024 à 1 990 en août 2026, parallèlement à la réduction des admissions d’étudiants internationaux et de visiteurs. Les passages irréguliers entre les points d’entrée sont également passés d’une moyenne de 165 par jour en mars 2023 (avant le Protocole additionnel de l’ETPS) à environ 13 par jour.
- Concentration provinciale : De janvier à août 2026, l’Ontario (19 085 demandeurs, soit 50,5 %) et le Québec (10 090 demandeurs, soit 26,7 %) ont traité conjointement 77,2 % de toutes les demandes à l’échelle nationale, suivis de la Colombie-Britannique (2 985) et de l’Alberta (2 980).
Première réduction nette de l’arriéré de la CISR depuis 2021
Bien que les nouvelles demandes mensuelles se soient ralenties en 2025 et 2026, les fortes vagues d’arrivées antérieures ont porté le volume de dossiers en instance de la Section de la protection des réfugiés à un sommet historique de 299 614 demandes à la fin de 2025, soit plus de cinq fois les 55 937 cas en attente enregistrés fin 2021. Rien qu’en 2024, 190 039 demandes ont été déférées à la SPR contre 73 456 dossiers réglés.
Le premier semestre de 2026 a constitué un tournant manifeste au sein du tribunal. Entre janvier et juin 2026, les nouveaux défèrements à la SPR sont tombés à 26 467, tandis que le nombre de dossiers réglés a grimpé à 49 960 (un rythme avoisinant les 100 000 décisions en projection annuelle). En conséquence, l’arriéré des demandes en instance à la SPR a diminué de 23 515 demandes (-7,8 %) pour s’établir à 276 099 au 30 juin 2026, signant sa première baisse nette en cinq ans.
L’issue des dossiers au premier semestre 2026 est tout aussi révélatrice : sur 49 960 dossiers réglés au total, 15 591 demandes (31,2 %) ont été retirées ou résolues sans décision sur le fond, et 4 094 demandes (8,2 %) ont été déclarées abandonnées. En d’autres termes, 39,4 % de toutes les demandes réglées par la SPR au cours du premier semestre 2026 ont pris fin sans acceptation ni rejet sur le fond. Cette proportion importante de dossiers non poursuivis explique pourquoi les règlements d’IRCC du 3 novembre 2026 imposent l’obligation de finalisation sous 60 jours et un encadrement des retraits ministériels avant même que les demandes n’atteignent la CISR.
Principaux pays d’origine et décisions sur le fond au premier semestre 2026
Parmi les demandes tranchées sur le fond entre janvier et juin 2026 (22 109 acceptées contre 8 166 rejetées), le taux d’acceptation sur le fond de la SPR s’est établi à 73,0 % (représentant 44,3 % de l’ensemble des 49 960 dossiers réglés). Les résultats diffèrent nettement selon la nationalité, en fonction de la situation dans le pays d’origine et de la nature initiale des demandes :
- L’Inde est demeurée le premier pays source au Canada, tant pour les nouveaux défèrements (4 322 au S1 2026) que pour l’inventaire en instance à la SPR (43 196), tout en enregistrant 902 acceptations contre 1 379 rejets (un taux d’acceptation sur le fond de 39,5 %), en plus de 4 523 demandes abandonnées ou retirées.
- Haïti s’est classé au deuxième rang pour les défèrements au S1 2026 (2 262) et au troisième rang pour les dossiers en instance (27 053), affichant 3 112 acceptations contre 512 rejets (un taux d’acceptation sur le fond de 85,9 %).
- L’Iran a enregistré 1 004 défèrements et 1 984 acceptations contre seulement 214 rejets (un taux d’acceptation sur le fond de 90,3 %), tandis que le Mexique conserve le deuxième arriéré historique en instance avec 29 438 demandes résultant des arrivées sans visa antérieures à 2024, totalisant 1 401 acceptations, 733 rejections et 1 833 dossiers retirés ou abandonnés au S1 2026.
Points clés pratiques pour les demandeurs et les résidents temporaires
- Surveiller rigoureusement le délai d’un an suivant l’arrivée : Les ressortissants étrangers entrés au Canada après le 24 juin 2020 et exposés à un risque réel dans leur pays d’origine doivent obligatoirement soumettre leur démarche initiale dans le Portail d’IRCC manifestant leur intention de demander l’asile avant d’avoir passé un an depuis leur première entrée au Canada pour conserver leur droit à une audience devant la CISR, au lieu d’être limités à un examen des risques avant renvoi.
- Considérer la période de dépôt de 60 jours comme un délai de rigueur : Une fois la recevabilité pour défèrement confirmée, rassemblez rapidement les pièces d’identité, les traductions et un récit de Fondement de la demande d’asile complet et précis au cours du délai de 60 jours, et sollicitez sans tarder la prolongation unique de 30 jours en cas de retards d’obtention de documents civils ou de police à l’étranger.
- Ne jamais recourir à une demande d’asile pour prolonger un statut temporaire arrivant à échéance : Déposer une demande de protection non fondée lors de l’expiration d’un permis d’études, d’un permis de travail postdiplôme (PTPD) ou d’une fiche du visiteur déclenche une mesure de renvoi conditionnelle, crée un dossier permanent dans les registres d’IRCC et expose à des sanctions pour fausse déclaration si les déclarations contredisent de précédentes demandes de résidence temporaire.
- Remplir sans délai les exigences médicales et celles du portail pour l’accès au permis de travail : Comme l’octroi d’un permis de travail ouvert en vertu de l’article 206 du RIPR est conditionné au dépôt d’une demande complète et à la réalisation de la visite médicale d’immigration, tout retard dans les formalités initiales repousse d’autant l’autorisation légale de travailler.
- S’adresser à un représentant autorisé devant le tribunal : Les demandes d’asile obéissent à des règles de preuve strictes touchant l’identité, la protection de l’État et la possibilité de refuge intérieur. Les personnes souhaitant retenir les services d’un représentant rémunéré doivent faire appel exclusivement à un avocat en immigration canadien en règle ou à un consultant réglementé en immigration canadienne titulaire de la mention CRIC-CISR autorisant la pratique devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié.





